La bataille de Chramne contre Clotaire Ier - document 2

Le combat de Clotaire et de Chramne à Carnac

(SIMPLE NOTE)


M. de Keranflech, - qui avait le flair de l'archéologue et qui a fait tant d'ingénieuses découvertes, - a émis et soutenu une hypothèse qui place à Carnac (et non plus à Dol) le combat où périt Chramne, le fils rebelle du roi Clotaire (1).

M. Robert (de l'Oratoire de Rennes) a repris la même thèse, au congrès de Vannes, en 1898 ; et il a présenté en faveur de cette opinion une série d'observations qui fournissent, sinon une solution définitive, du moins une probabilité sérieuse. (2).

A mon tour, je me permets d'offrir à l'Association bretonne, non pas une dissertation nouvelle, mais une simple note, avec un argument nouveau qui semble définitivement justifier la découverte de M. de Keranflech.

C'est une preuve tirée des noms de lieux.

Les noms géographiques, qui sont, la plupart du moins, des énigmes pour nos comtemporains, ont eu à l'origine une signification précis ; et souvent, dans leur forme archaïque, ils conservent le souvenir et le secret des événements que la mémoire des hommes a depuis longtemps oubliés.

C'est un secret de ce genre que le cadastre de Carnac nous a, croyons-nous, révélé d'une manière inattendue.

D'après les conclusions de M. Robert, la bataille aurait eu lieu au pied de ma butte de Coet-atoux.

Or, en cet endroit même, il y a une propriété importante qui s'appelle aujourd'hui Ker-valvein en langue populaire, et qui se prononce Ker-malvézin en français.

Malvézin est la forme moyen-âge. Mais, tandis que l'orthographe du mot est demeurée invariable depuis qu'elle a été fixée au XVe siècle, sa prononciation a continué d'évoluer régulièrement, d'après les principes du dialecte de Vannes, jusqu'à la forme actuelle valvein.

Ce mot paraît obscur à première vue. Mais il n'a plus rien d'énigmatique aujourd'hui : à l'aide des documents publiés par M. Loth dans sa Chrestomathie, il est facile d'en trouver le sens étymologique (3). Voici comment il se décompose.

Nous laissons de côté le mot Ker qui est déjà très connu.

Malvézin, au XIe siècle Mael-wethen, se dédouble en Mael, qui signifie prince, et wethen qui veut dire combat.

S'il faut en croire le langage du cadastre, le château de Ker-malvézin se trouverait donc à l'endroit précis où a eu lieu le combat du prince (4).

Voilà ma simple note ; elle m'a paru suggestive, et j'ai cru qu'elle valait la peine d'être offerte, au moins à titre de document, à l'Association Bretonne.


J. BULÉON, Curé de Bignan.


(1) Congrès de l'Association bretonne, tenuu à Vannes, en 1892.

(2) Le combat de Clotaire et de Chramne, à Dol ou à Carnac (Brochure éditée chez Plihon, à Rennes ; 1898).

(3) Chrestomathie bretonne, p. 148 et 174.

(4) Dans le vieil armoricain, le nom régime est toujours placé devant le nom qui le régit.


Bulletin archéologique de l'Association bretonne 1902 (42e congrès, 1901; 3e sér., t. 20) p. 174 à 177

 

Chom e hremb. Né déhemb ket mui.
 
 
 
 

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